Lundi 13 février 2012 1 13 /02 /Fév /2012 16:14

 

 

  Jeannie, Patrice

 

Comment avez-vous pu d'emblée choisir des avocats à la ligne de défense aussi insultante pour l'intelligence des journalistes, des enquêteurs, des juges, des amateurs de cyclisme, et même de l'ancien cycliste accusateur Joe Papp?, voilà une question qui m'a surpris dès le début de vos déboires avec les règles du sport dit de haut niveau d'une part, la loi française d'autre part. Comment avez-vous pu vous égarer dans des prises de position aussi peu crédibles, mensongères à prévoir les volte-face, diffamatoires (contre des journalistes et Joe Papp), et même ridicules (comme la dernière sortie d'un de vos avocats que je souhaite ne pas mettre en avant, parmi d'autres guère plus reluisantes)? Est-ce le désarroi, un sentiment de surpuissance, les effets d'une incapacité d'accord?

Patrice a fauté, sérieusement, de prendre ouvertement les enquêteurs pour des imbéciles n'aura fait qu'un peu plus les motiver à faire jaillir la vérité vérifiable. Qu'il te faudra assumer, en quittant le milieu du vélo, rien de plus, rien de moins.

Tu avais fauté, Jeannie, en ne répondant pas présente aux obligations du système de contrôles inopinés réservé aux athlètes de ton niveau. Tu avais fauté en toute conscience car tu t'y croyais soumise comme le sont tes adversaires. Un vice de forme t'avait miraculeusement soustraite aux sanctions. Il a fallu que toi et ton avocat en rajoutent, que vous triomphiez ostentatoirement. Faisant prendre de l'ampleur à la faute.

Ces mensonges, Patrice, t'ont fait perdre tout crédit quant à l'utilisation de ces 15 commandes d'EPO à hauteur de 15000 €, et on peut douter que cet approvisionnement ne s'arrête à ces quantités validées par les services de police. Ta "consommation personnelle suite à accidents", comme "reconstituant musculaire" (comment avez-vous pu oser nous sortir ça?), ça ne tient plus. Alors: pour Jeannie, pour Edwige Pittel (dont la réaction outragée en octobre à la seule évocation que tu l'avais entrainée avait été tout aussi lamentable), pour trafic? Pour deux, trois de ces utilisations?

Je vais vous dire: je m'en fiche! Plus encore: j'ai beau essayer, je n'ai pas de ressentiment contre vous.

Bien qu'imposée, l'occasion t'est offerte, Jeannie, d'arrêter la compétition. C'est peut-être même une aubaine.

Entretenir la forme, continuer à pédaler, skier, arpenter les montagnes, reconstruire les amitiés blessées (rompre avec les copinages révérencieux et intéressés), l'essentiel ne vous sera pas interdit. Ce pourrait être l'occasion de vous y recentrer.

Votre honneur bafoué? D'abord, c'est un peu de votre faute, non? Ensuite, quel honneur? Celui d'avoir triché dans des compétitions sportives, d'avoir pris la place à d'autres, de les avoir empêché d'empocher des gains? Certes.

Mais.
Quel est l'honneur de ces sociétés de compétition à des fins de hiérarchie, à des fins de distribution des richesses aussi disproportionnée?
Quel est l'honneur de ces sociétés prosternées devant ses winners (à leur laisser une opulence indécente, pour rester poli), sans pitié pour ses loosers (on en voit assis par terre à chaque coin de rue) ?

Ces sociétés sont les nôtres. Une fonction du sport-bizness est de détourner nos regards de la réalité de leur production de souffrances. Ainsi perdurent-elles, ainsi nous aveuglons-nous.
Cette fonction est dopée par une mise en scène visant à engendrer toujours plus de gravité autour du sport dit de haut niveau; et même en deça. C'est ainsi que l'Assemblée Nationale fait son affaire en session parlementaire des résultats de l'équipe de la Fédération Française de Football, que nombre de journeaux papier, radio et télé font leur une de compétitions sportives, que des organisations de supporters demandent avec agressivité et même violence des comptes aux joueurs d'une équipe sportive de leur ville après une défaite, qu'un premier ministre (espagnol, ce pourrait être pareil quasiment partout) intervient en faveur de ses compatriotes dans des affaires de dopage, que les journalistes de France Télévision sur le Tour de France ne travaillent qu'à fabriquer l'événement plutôt que le relater, le centrant sur leur personne comme apôtre des vainqueurs déifiés (et maintenant ils font quoi? Ils tombent à bras raccourci sur leur championne!), qu'un ancien judoka champion olympique complice d'un pouvoir de clan se voit récompensé par un poste de ministre.

J'ai passé quelques minutes (une dizaine suffisent) sur des forums où des fans, fans-à-tics, fanatiques, "échangent" ou plutôt combattent à votre propos. Barbarie en puisssance, à vomir. Là sont la plupart de vos inconditionnels, prêts à vous adorer aujourd'hui, à vous haïr demain.

L'occasion de fuir tout ça vous est offerte.
Il y aura de nombreuses pertes (il y en a déjà), il y aura quelques gains. Ces derniers devraient être plus profonds, on pourrait oser "authentiques". Il est encore temps.

Le difficile défi de la vieillesse semble vous tomber dessus soudainement. Il nous est imposé à tous.
Il recèle des possibilités de joie et de bonheur.
Bon courage et bonne chance à vous comme à chacun de nous pour les saisir.

 

PS: de vous croiser un jour dans un col ne me ferait en aucun cas vous éviter. Il est probable que, de mon côté, ça se passerait comme si tout ça n'avait pas eu lieu, du genre quelques échanges et quelques tours de roue ensemble.

 

Lundi 13 février 2012,

Patrick BERNARD

 

 

Par Patrick BERNARD - Publié dans : Entre nous - Communauté : CYCLISME, masculin, Féminin (01/01/12)
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